C’est un grand classique. Quelqu’un tend sa main et dit : « Tire sur mon doigt. » Puis un petit pop retentit. Ce bruit provient de l’articulation elle-même. Alors, que se passe-t-il vraiment quand on fait craquer ses doigts ?
Ce ne sont ni les os ni les tendons
Quand tu tires sur un doigt, les os ne se déboîtent pas.
Le bruit provient d’un phénomène appelé cavitation. Chaque articulation contient un liquide, le liquide synovial. Il lubrifie les cartilages et facilite les mouvements.
Lorsque tu étires le doigt, la pression chute brutalement dans l’articulation. Cette baisse provoque la formation d’une petite bulle de gaz. C’est précisément l’apparition de cette bulle qui produit le fameux pop.
Les scientifiques ont longtemps hésité
Pendant des décennies, les chercheurs se sont demandé d’où venait exactement ce bruit.
Certains pensaient que la bulle éclatait. D’autres imaginaient que sa formation suffisait.
En 2015, des chercheurs canadiens ont utilisé une IRM en temps réel. Ils ont observé l’intérieur d’une articulation pendant qu’elle craquait.
Le résultat est sans appel. Le bruit apparaît au moment où la bulle se forme, et non lorsqu’elle disparaît.
Craquer ses doigts est-il dangereux ?
Bonne nouvelle : rien ne prouve que cette habitude provoque de l’arthrose.
Plusieurs études scientifiques sont arrivées à cette conclusion. Craquer ses doigts peut même procurer une sensation passagère de détente ou de mobilité.
En revanche, tirer très fort ou de manière répétée peut irriter les ligaments ou les tissus voisins. Mieux vaut donc éviter d’en faire une compétition.
L’expérience la plus insolite
Le médecin américain Donald Unger voulait en avoir le cœur net.
Pendant soixante ans, il a fait craquer les doigts de sa main gauche, mais jamais ceux de sa main droite.
À la fin de son expérience, il n’a constaté aucune différence entre les deux mains. Pas plus d’arthrose, ni d’usure particulière.
Cette étude originale lui a même valu un prix Ig Nobel, qui récompense les recherches les plus improbables… mais scientifiquement sérieuses.
Pourquoi certaines personnes adorent cette sensation ?
Le craquement s’accompagne souvent d’une impression de soulagement.
En étirant l’articulation, tu stimules des récepteurs situés dans les ligaments et les muscles. Ils envoient au cerveau un signal associé à une sensation de relâchement.
C’est un peu le même principe que lorsqu’on s’étire après une longue journée.
Certaines personnes recherchent cette sensation régulièrement, sans que cela soit problématique.
Pourquoi ne peut-on pas recommencer tout de suite ?
Après le craquement, la bulle de gaz reste présente dans l’articulation.
Il faut attendre qu’elle se dissolve progressivement dans le liquide synovial. Ce processus prend généralement entre quinze et trente minutes.
C’est pour cette raison qu’il est impossible de faire craquer immédiatement le même doigt une deuxième fois.
Info bonus
- Le liquide synovial contient principalement du dioxyde de carbone, mais aussi de l’oxygène et de l’azote.
- Les genoux, les épaules et les chevilles peuvent aussi craquer, mais les mécanismes sont parfois différents.
- Certains craquements proviennent de tendons qui glissent sur un os, et non d’une bulle de gaz.
- Tout le monde ne peut pas faire craquer ses doigts. Cela dépend notamment de la souplesse des articulations.
- Le bruit d’un doigt qui craque atteint environ 80 décibels, soit le niveau sonore d’une rue très fréquentée.
