Ils sortent tout seuls quand on se cogne le petit orteil. On les lance aussi quand on se met en colère, quand on a peur ou parfois… juste pour faire rire. Pourtant, ces mots sont souvent interdits dès l’enfance. Alors, pourquoi existent-ils ? Et surtout, pourquoi notre cerveau aime-t-il autant les utiliser ?
Les gros mots ne sont pas des mots comme les autres
Un gros mot ne se résume pas à un mot vulgaire. Il porte une forte charge émotionnelle. Surtout, il transgresse une règle sociale. En le prononçant, on franchit volontairement une limite.
Les linguistes parlent de tabous verbaux. Chaque société possède des sujets qu’elle préfère éviter. Il peut s’agir du sexe, des excréments, de la mort ou de la religion.
C’est justement cette interdiction qui donne toute leur force aux gros mots.
Une véritable soupape émotionnelle
Quand tu te cognes violemment, ton cerveau réagit immédiatement.
Des études ont montré que les jurons activent des régions cérébrales liées aux émotions et à la douleur. Contrairement au langage courant, ils sollicitent davantage les circuits émotionnels que les zones classiques du langage.
Résultat, dire un gros mot aide à relâcher la tension.
Une expérience célèbre de l’université de Keele, au Royaume-Uni, l’a même démontré. Les participants qui juraient pouvaient garder leur main plus longtemps dans de l’eau glacée que ceux qui utilisaient des mots neutres.
Autrement dit, un juron agit comme un petit antidouleur naturel.
Pourquoi certains mots choquent-ils autant ?
La réponse dépend de l’époque… et du pays.
Au Moyen Âge, blasphémer comptait parmi les pires offenses. Prononcer le nom de Dieu en vain était bien plus grave qu’un mot lié au corps.
Aujourd’hui, dans beaucoup de pays occidentaux, les jurons concernent davantage la sexualité ou les fonctions naturelles.
Chaque culture choisit donc ses propres interdits. Les gros mots évoluent avec les mentalités.
Ils servent aussi à créer du lien
Étonnamment, les jurons ne servent pas uniquement à exprimer la colère.
Entre amis, ils renforcent souvent la complicité. Dans certains groupes, ils deviennent même une façon de montrer qu’on appartient à la même bande.
Pendant longtemps, les marins, les soldats ou les ouvriers utilisaient abondamment les jurons. Ils faisaient partie du langage quotidien et créaient un sentiment de solidarité.
Évidemment, tout dépend du contexte. Le même mot pourra faire rire entre proches… ou provoquer un conflit dans une autre situation.
Tous les pays ne jurent pas de la même façon
Les gros mots existent partout, mais leurs thèmes changent.
En anglais, ils tournent souvent autour du sexe ou des excréments.
Dans plusieurs pays arabes, ils visent davantage la famille ou l’honneur.
Au Québec, beaucoup de jurons viennent de la religion. Les célèbres « tabarnak », « câlice » ou « ostie » sont directement issus du vocabulaire catholique.
Au Japon, en revanche, les insultes passent moins par des mots précis que par le ton employé ou le niveau de politesse.
Finalement, les gros mots racontent beaucoup sur les valeurs et les tabous d’une société.
Pourquoi les enfants les apprennent-ils si vite ?
Les gros mots attirent naturellement l’attention.
Les enfants remarquent très tôt qu’ils provoquent des réactions fortes chez les adultes. Ils comprennent rapidement que ces mots ont un pouvoir particulier.
En général, ils commencent à les répéter dès l’âge de trois ou quatre ans, bien avant d’en saisir le véritable sens.
Ce qu’ils testent, ce n’est pas seulement le vocabulaire. Ils explorent aussi les limites fixées par leur entourage.
Info bonus
- Le mot juron vient de l’ancien français jurer, qui signifiait prononcer un serment ou invoquer une divinité.
- Les personnes bilingues jurent souvent plus facilement dans leur langue maternelle, car elle déclenche des émotions plus fortes.
- Les chercheurs distinguent les jurons spontanés des insultes volontaires : ils n’activent pas exactement les mêmes régions du cerveau.
- Certaines personnes atteintes du syndrome de Gilles de la Tourette peuvent prononcer involontairement des gros mots. Ce phénomène porte le nom de coprolalie.
- Les gros mots sont si particuliers qu’une lésion cérébrale peut empêcher une personne de parler normalement… tout en lui laissant la capacité de jurer.
