Tu es resté assis un peu trop longtemps. Ou alors tu t’es installé en tailleur, confortablement, sans bouger pendant plusieurs minutes. Puis vient le moment de te relever… et soudain, ta jambe semble ne plus t’appartenir. Elle est engourdie, des milliers de picotements apparaissent, parfois accompagnés d’une légère douleur. On dit alors qu’on a « des fourmis dans les jambes ».
Heureusement, cette sensation disparaît généralement en quelques secondes. Mais que se passe-t-il réellement dans ton corps ? Et pourquoi ton cerveau a-t-il l’impression que des insectes se promènent sous ta peau ?
Tes nerfs sont les véritables responsables
Contrairement à ce que suggère l’expression, aucune fourmi ne se balade dans ta jambe. Les médecins parlent de paresthésie transitoire, un mot un peu compliqué qui désigne une sensation anormale, comme des picotements, des brûlures ou un engourdissement, sans qu’il y ait de blessure.
Tout commence lorsqu’un nerf reste comprimé pendant un certain temps. Cela arrive facilement quand tu croises les jambes, que tu t’assois sur un pied ou que tu dors avec un bras coincé sous ton corps. Pendant cette compression, le nerf transmet moins bien les informations entre la partie concernée et le cerveau. Les messages circulent mal, certains se perdent, d’autres arrivent déformés. Résultat : ton cerveau reçoit des informations confuses et les interprète sous la forme de ces fameux fourmillements.
La circulation joue aussi un rôle
Les nerfs ne travaillent pas seuls. Comme tous les tissus de ton corps, ils ont besoin d’oxygène et de nutriments apportés par le sang. Lorsque tu restes longtemps dans une position qui comprime également les vaisseaux sanguins, la circulation ralentit légèrement.
Cette diminution est généralement sans conséquence, mais elle suffit à perturber momentanément le fonctionnement des cellules nerveuses. Dès que tu changes de position, le sang circule de nouveau normalement. Les nerfs retrouvent alors toute leur activité… parfois un peu brutalement.
Pourquoi les picotements apparaissent-ils justement quand on bouge ?
C’est souvent le moment le plus désagréable. On pourrait croire que les fourmis apparaissent parce que la jambe « se réveille ». En réalité, elles correspondent surtout au retour normal des communications entre les nerfs et le cerveau.
Après quelques minutes de compression, les signaux nerveux recommencent à circuler dans tous les sens. Cette reprise provoque une véritable avalanche d’informations. Ton cerveau reçoit soudain des milliers de messages simultanément. Il les interprète alors comme des picotements, des décharges ou une sensation de grouillement.
Quelques secondes plus tard, tout redevient normal.
Pourquoi les jambes sont-elles les plus concernées ?
Les jambes possèdent certains des plus longs nerfs de ton corps. Le plus célèbre est le nerf sciatique, qui part du bas du dos et descend jusqu’aux pieds. Une simple compression sur une partie de son trajet peut donc perturber les sensations sur une grande longueur.
Par ailleurs, nous passons une bonne partie de nos journées assis. Cette position favorise naturellement les compressions au niveau des hanches, des genoux ou des chevilles. C’est pour cette raison que les jambes « s’endorment » bien plus souvent que d’autres parties du corps.
Pourquoi secouer sa jambe fait-il du bien ?
C’est presque un réflexe. Lorsque les picotements apparaissent, beaucoup de personnes secouent leur jambe ou font quelques pas.
Et ce n’est pas inutile. Le mouvement aide à relancer la circulation sanguine tout en supprimant la pression exercée sur le nerf. Les muscles se contractent, le sang circule davantage et les informations nerveuses retrouvent rapidement leur rythme habituel. En quelques instants, les fourmillements disparaissent complètement.
Quand faut-il consulter ?
Dans la grande majorité des cas, ces fourmillements sont parfaitement bénins. En revanche, il vaut mieux demander un avis médical s’ils apparaissent très souvent, sans raison apparente, ou s’ils persistent longtemps après avoir changé de position.
Des paresthésies prolongées peuvent parfois révéler une compression chronique d’un nerf, une sciatique, un syndrome du canal carpien lorsqu’elles touchent la main, un diabète, certaines carences, notamment en vitamine B12, ou encore des troubles de la circulation. Si les picotements s’accompagnent d’une perte de force, d’une diminution de la sensibilité ou d’une douleur importante, mieux vaut également consulter.
Un signal utile, finalement
Même si cette sensation est désagréable, elle remplit une fonction importante. Les fourmillements t’indiquent que ton corps n’apprécie pas la position dans laquelle il se trouve. C’est une alerte qui t’invite à bouger avant que la compression ne dure trop longtemps.
Autrement dit, ces « fourmis » sont surtout un système d’alarme particulièrement efficace.
Infos bonus
• Le mot « paresthésie » vient du grec para (« à côté ») et aisthesis (« sensation »). Il désigne donc une sensation inhabituelle ou décalée.
• Les astronautes ressentent beaucoup plus rarement ce type de fourmillements, car l’apesanteur réduit fortement les pressions prolongées sur les nerfs.
• Le froid peut également provoquer des picotements, puisqu’il ralentit temporairement la conduction des influx nerveux.
• Les sportifs d’endurance, notamment les cyclistes et les marathoniens, connaissent parfois ces sensations à cause des compressions répétées exercées sur certains nerfs.
• L’expression « avoir des fourmis dans les jambes » est attestée en français depuis plusieurs siècles. Elle s’appuie simplement sur l’impression très réaliste de voir de petits insectes courir sous la peau.
