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Pourquoi les comédiens disent “merde” avant d’entrer en scène ?

Pourquoi les comédiens disent “merde” avant d’entrer en scène ?

Quelques minutes avant que le rideau se lève, les coulisses sont souvent envahies par le silence… puis par un mot que personne n’attend. « Merde ! »

Pas d’insulte, pas de colère. Au contraire, c’est la manière traditionnelle de souhaiter une excellente représentation à un comédien. Cette coutume existe depuis plus d’un siècle. Et son origine est bien plus terre à terre qu’on pourrait l’imaginer.

Plus il y avait de crottin, plus le spectacle était un succès

Au XIXᵉ siècle, les spectateurs se rendaient au théâtre en calèche. Les soirs de grande affluence, des dizaines, parfois des centaines de chevaux stationnaient devant les salles. Après leur passage, les rues étaient couvertes de crottin.

Autrement dit, plus il y avait de… « merde » devant le théâtre, plus cela signifiait qu’il y avait de spectateurs à l’intérieur. Souhaiter « merde » à un artiste revenait donc à lui souhaiter une salle pleine et un immense succès. Au fil du temps, l’expression est restée, même si les calèches ont disparu depuis longtemps.

Pourquoi ne pas dire simplement « bonne chance » ?

Parce que le théâtre adore les superstitions. Depuis des siècles, les artistes évitent certaines paroles ou certains gestes, de peur d’attirer le mauvais sort. Dire « bonne chance » avant une représentation fait partie des expressions que beaucoup préfèrent éviter. À la place, ils utilisent une formule qui semble négative, comme si elle pouvait tromper la malchance.

Ce principe existe dans de nombreuses traditions : on évite de prononcer directement ce que l’on souhaite, en espérant que le destin ne vienne pas contrarier ses plans.

Un rituel qui rapproche toute une troupe

Avec le temps, ce simple mot est devenu bien plus qu’un porte-bonheur. Avant l’entrée en scène, les comédiens échangent souvent un « merde » accompagné d’un sourire, d’une poignée de main ou d’une accolade. Ce petit rituel permet de partager le trac, de se soutenir et de rappeler que toute la troupe vit la même montée d’adrénaline. En quelques secondes, il crée une complicité que seuls ceux qui montent sur scène connaissent vraiment.

Chaque pays a son expression

La France n’est pas la seule à posséder ce genre de tradition. Dans les pays anglophones, on préfère dire « Break a leg », autrement dit « Casse-toi une jambe ». En Italie, on souhaite « In bocca al lupo », ce qui signifie « Dans la gueule du loup ». En Espagne, les artistes utilisent même l’expression « Mucha mierda », littéralement « Beaucoup de merde ».

Les mots changent, mais l’idée reste la même : conjurer le mauvais sort en évitant de souhaiter directement bonne chance.

Un monde rempli de superstitions

Le théâtre a toujours entretenu un rapport particulier avec les croyances. Autrefois, beaucoup de machinistes étaient d’anciens marins. Ils avaient apporté avec eux leurs habitudes et leurs superstitions. Certaines expressions étaient bannies des coulisses, tandis que des rituels précis accompagnaient chaque représentation.

Encore aujourd’hui, de nombreuses troupes perpétuent ces traditions, parfois sans connaître leur origine. Elles font simplement partie de la vie du théâtre, au même titre que les trois coups frappés avant le lever de rideau.

Un mot qui a gardé son pouvoir

Aujourd’hui, plus personne ne compte les crottins devant les salles de spectacle. Pourtant, les artistes continuent de se souhaiter « merde » avant d’entrer en scène. Ce mot un peu brutal est devenu un symbole de solidarité, d’encouragement et de confiance. Il rappelle qu’avant chaque représentation, il existe toujours une part d’inconnu… et qu’un petit rituel aide parfois à monter sur scène avec un peu plus de sérénité.

Infos bonus

• L’expression espagnole « mucha mierda » possède exactement la même origine que la formule française : les chevaux des calèches.

• Les trois coups frappés avant le lever du rideau existent depuis plusieurs siècles et servent à annoncer le début de la représentation.

• Dans de nombreux théâtres, certains artistes évitent encore de siffler dans les coulisses, une superstition héritée des anciens machinistes.

• L’expression anglaise « Break a leg » apparaît au XXᵉ siècle et repose sur le même principe : souhaiter symboliquement le contraire de ce que l’on espère.

• Contrairement à une idée répandue, il n’existe aucune preuve historique que le mot « corde » soit interdit dans tous les théâtres. Cette superstition varie selon les lieux et les traditions.

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