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Pourquoi dit-on « monter sur ses grands chevaux » pour se fâcher ?

Pourquoi dit-on « monter sur ses grands chevaux » pour se fâcher ?

Tu l’as peut-être déjà entendu lors d’une dispute : « Ne monte pas sur tes grands chevaux ! »

Autrement dit : inutile de t’emporter, de parler plus fort que tout le monde ou de te croire au-dessus des autres. Cette expression est encore très utilisée aujourd’hui. Pourtant, elle nous ramène plusieurs siècles en arrière, à une époque où le cheval représentait bien plus qu’un simple moyen de transport. Car les « grands chevaux » n’étaient pas choisis au hasard.

Les grands chevaux étaient réservés à une élite

Au Moyen Âge, tous les chevaux n’avaient pas le même rôle. Les paysans utilisaient des chevaux de trait pour travailler les champs, tandis que les voyageurs privilégiaient des montures plus légères.

Les chevaliers, eux, possédaient souvent un destrier. Ce grand cheval de guerre était spécialement élevé pour les combats et les tournois. Puissant, robuste et impressionnant, il permettait au cavalier de dominer le champ de bataille. Sa taille renforçait également le prestige de celui qui le montait. Posséder un tel animal coûtait extrêmement cher. Seuls les seigneurs et les chevaliers les plus fortunés pouvaient se le permettre. Monter sur un grand cheval revenait donc à afficher son rang et son autorité.

Une image de supériorité

Peu à peu, cette posture est devenue symbolique. Être installé plusieurs mètres au-dessus des autres donnait naturellement une impression de puissance. Le cavalier regardait les gens de haut, au sens propre comme au figuré.

L’expression a alors commencé à désigner une personne qui adopte un ton arrogant, autoritaire ou méprisant. Lorsqu’on disait que quelqu’un « montait sur son grand cheval », cela signifiait qu’il prenait des airs de personnage important, persuadé d’avoir raison et décidé à imposer son point de vue. Avec le temps, cette attitude a fini par être associée à la colère.

Pourquoi parle-t-on aujourd’hui de colère ?

Lorsque quelqu’un se met en colère, il hausse souvent la voix, adopte une posture plus raide et cherche à affirmer son autorité. L’image du chevalier juché sur son imposant destrier s’accordait parfaitement avec cette attitude.

Petit à petit, le sens de l’expression s’est déplacé. Elle ne décrit plus seulement une personne prétentieuse, mais quelqu’un qui s’emporte avec excès. Dire « Ne monte pas sur tes grands chevaux » revient donc à dire : « Ne dramatise pas la situation. Reste calme. »

Le cheval renforce encore cette image

L’expression fonctionne aussi parce que le cheval évoque lui-même une certaine fougue. Un cheval de guerre est un animal puissant, capable de se cabrer, de bondir ou de partir brusquement au galop. Le maîtriser demandait beaucoup d’expérience.

Cette énergie rappelle assez bien celle d’une personne qui perd son sang-froid. On imagine facilement quelqu’un qui se redresse d’un coup, hausse le ton et charge son interlocuteur… comme un chevalier prêt à lancer l’assaut.

Une expression vieille de plusieurs siècles

Les premières traces de cette formule apparaissent dès le XVIIᵉ siècle. À l’époque, on rencontre souvent la forme « monter sur son grand cheval », au singulier.

Progressivement, le pluriel s’impose et l’expression devient « monter sur ses grands chevaux », celle que nous employons encore aujourd’hui. Même si plus personne ne se déplace en destrier pour aller régler un conflit, l’image reste étonnamment parlante.

En quelques mots, elle résume une attitude que tout le monde reconnaît immédiatement : celle d’une personne qui s’emballe, prend de la hauteur… et finit parfois par perdre un peu le sens des proportions.

Une image toujours bien vivante

Beaucoup d’expressions médiévales ont disparu au fil des siècles. Celle-ci, au contraire, a traversé le temps sans perdre sa force. Peut-être parce qu’elle décrit un comportement profondément humain. Nous avons tous déjà vu quelqu’un « monter sur ses grands chevaux »… et il nous est probablement arrivé de le faire nous-mêmes. Heureusement, il suffit parfois d’une simple remarque ou d’un sourire pour redescendre de sa monture imaginaire.

Infos bonus

• Le destrier était le cheval de guerre par excellence. Contrairement aux idées reçues, il n’était pas gigantesque, mais il était plus puissant et mieux entraîné que les autres montures.

• Le mot « destrier » vient du latin dexter, qui signifie « droite ». L’écuyer conduisait généralement ce cheval par la main droite avant que le chevalier ne monte en selle.

• Molière et Jean de La Fontaine utilisent déjà cette expression au XVIIᵉ siècle, preuve qu’elle était entrée dans le langage courant.

• La langue française regorge d’expressions liées au cheval, comme « prendre le mors aux dents », « être à cheval sur les principes », « remettre quelqu’un en selle » ou encore « tenir les rênes ».

• Les historiens estiment qu’un bon destrier valait parfois plusieurs années de salaire d’un artisan. Posséder une telle monture était donc un véritable signe de richesse.

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