Tu as préparé ton entretien avec soin, mais tu n’as pas été retenu. Tu as acheté un billet de loterie, sans gagner le moindre centime. Tu es parti à la pêche, et tu es rentré les mains vides.
Dans tous ces cas, on pourrait dire que tu as « fait chou blanc ».
L’expression est très courante, mais elle soulève une question étonnante. Pourquoi un chou ? Et pourquoi blanc ? À première vue, cette formule semble n’avoir aucun sens.
À l’origine, il n’était pas question de légumes
Contrairement à ce que laisse croire son apparence actuelle, l’expression n’a aucun lien avec les potagers. Pour comprendre son origine, il faut remonter au XVIᵉ siècle et s’intéresser à un sport aujourd’hui presque oublié : le jeu de paume. Très populaire à l’époque, il est considéré comme l’ancêtre du tennis.
Les joueurs s’échangeaient une balle d’abord avec la main, puis avec une sorte de raquette rudimentaire. C’est dans ce jeu qu’apparaît une expression qui ressemble beaucoup à notre « faire chou blanc ».
Le mystérieux « coup blanc »
À l’époque, lorsqu’un joueur frappait la balle sans réussir à marquer de point, on parlait d’un coup blanc. Dans certains textes anciens, cette expression apparaît sous la forme chault blanc ou cho blanc, selon les régions et l’évolution de la prononciation.
L’idée était simple : un coup avait bien été tenté, mais il n’avait produit aucun résultat. Petit à petit, la prononciation a évolué. Le mot cho a fini par être entendu comme « chou », un mot déjà bien connu des francophones. Le légume s’est donc invité dans l’expression… sans y avoir jamais été convié.
Pourquoi « blanc » ?
Le mot « blanc » possède depuis longtemps un sens figuré en français. Il évoque souvent l’absence de résultat ou le vide. On tire à blanc lorsqu’une arme ne contient pas de projectile. On laisse parfois une feuille blanche lorsqu’on ne répond à aucune question. Un vote blanc exprime également une absence de choix entre les candidats.
Dans « faire chou blanc », le mot « blanc » renforce donc l’idée d’une tentative qui n’a rien produit.
On a essayé. Mais il ne s’est rien passé.
Une expression qui a changé de visage
Ce qui rend cette formule particulièrement amusante, c’est qu’elle illustre parfaitement l’évolution naturelle des langues. À force d’être répétés pendant plusieurs siècles, certains mots finissent par être transformés. Les locuteurs remplacent alors des termes anciens par d’autres, plus familiers, dont la sonorité est proche.
C’est exactement ce qui s’est produit ici. Le cho du jeu de paume est devenu un « chou ». Le sens est resté, mais l’image a complètement changé.
Aujourd’hui, la plupart des personnes qui utilisent cette expression pensent spontanément au légume, alors qu’il n’a jamais eu le moindre rapport avec l’histoire.
Une façon élégante de parler d’un échec
L’expression est toujours très utilisée parce qu’elle permet d’évoquer un échec sans dramatiser. Dire que quelqu’un a « fait chou blanc », ce n’est pas insister sur son erreur. C’est simplement constater que ses efforts n’ont pas abouti. La formule possède même une certaine légèreté. Elle adoucit la déception avec une image devenue presque humoristique. Finalement, il est souvent plus agréable de dire qu’on a fait chou blanc… que de reconnaître qu’on s’est complètement trompé.
Une expression vieille de plusieurs siècles
Comme beaucoup d’expressions françaises, celle-ci a traversé les époques sans perdre son sens. Même si le jeu de paume a presque disparu du quotidien, les mots qu’il a laissés continuent de vivre. Chaque fois que nous disons « faire chou blanc », nous faisons sans le savoir revivre un petit morceau du vocabulaire sportif de la Renaissance. Et rares sont ceux qui imaginent que cette expression n’a jamais parlé… de chou.
Infos bonus
• L’expression est attestée dès le XVIᵉ siècle, peu après la popularisation du jeu de paume.
• L’origine exacte du mot chault fait encore débat chez les linguistes, mais son lien avec le vocabulaire du jeu de paume est largement reconnu.
• En anglais, l’expression to draw a blank signifie également obtenir un résultat nul ou ne rien trouver.
• Le jeu de paume est considéré comme l’ancêtre direct du tennis moderne.
• Le mot « blanc » est souvent associé, en français, à une absence de résultat, comme dans « tirer à blanc » ou « vote blanc ».
• « Faire chou blanc » est aujourd’hui employé aussi bien pour un examen raté que pour une recherche infructueuse ou une tentative sans succès.
